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Auteur: Mick Texier
Sa biographie

«Propos sur l'aïkido »

Il est compréhensible d'admettre que le changement personnel - la relation aux choses, au monde - soit une nécessité impérieuse qui fonde l'entrée en matière de cette discipline orientale que l'on nomme l'aïkido.

Mais ceci relève d'une entreprise des plus ardues quand l'on s'y confronte, car cela passe par une relation de soi à soi qui demande une remise en question totale et non partielle de qui nous sommes, ou tout simplement : où en sommes-nous avec le reste de la collectivité, qui nous fonde et nous instruit sur nous-même?
Alors que faire?

On sait que depuis Platon, la philosophie a exercé une influence durable, alimentant les courants les plus épris d'idéal et de transcendance pour sortir de cette tyrannie, de cette sauvagerie qui nous habite.

Eh bien, la philosophie orientale peut nous réconcilier encore avec le monde quand elle nous propose des constructions mentales (éthiques) et physiques aussi merveilleuses que l'est l'aïkido. Allons-y voir de plus près.

Qu'en est-il de cette discipline? De ce fantastique héritage qui nous est lègué, à portée de main. C'est bien de mains qu'il s'agit ici, de bras, de hanches, de jeux de jambes, de déplacement du corps. Et qui dit déplacement du corps, dit construction mentale dans le temps du déplacement. On parle alors d'harmonie entre la pensée et le corps. Mais ne devrait-on pas parler plutôt d'incarnation du mental par et avec le corps. Incarnation d'une pensée réalisée à l'aide du corps qui fonde comme principe premier d'être unifié dans et avec l'environnement direct. Principe d'unification que l'on retrouve dans la pensée orientale, et qui nous fait cruellement défaut en occident. Comment être en accord avec une science de la formation et de l'enchaînement des mouvements, sinon en sachant sur quoi est fondée cette mécanique, cette construction mentale et physique. La technique devient le moyen d'entrer en rapport de proximité avec la pensée, de la modifier, de la construire. Véritable dialectique transformationnelle corps-esprit.

Mais ne devrait-on pas parler plutôt d'incarnation du mental par et avec le corps. Incarnation d'une pensée réalisée à l'aide du corps qui fonde comme principe premier d'être unifié dans et avec l'environnement direct. Principe d'unification que l'on retrouve dans la pensée orientale, et qui nous fait cruellement défaut en occident.

Comment être en accord avec une science de la formation et de l'enchaînement des mouvements, sinon en sachant sur quoi est fondée cette mécanique, cette construction mentale et physique. La technique devient le moyen d'entrer en rapport de proximité avec la pensée, de la modifier, de la construire. Véritable dialectique transformationnelle corps-esprit.

Mais voilà! Les principes de l'aïkido sont anti-naturels, pour nous occidentaux, car face à ce que l'on nomme l'adversité, accepter celle-ci sans raidissement, sans blocage du corps et de l'esprit présuppose s'être mis dans une posture globale d'acceptation de la situation. Accepter avant, c'est aussi déterminer le cours des choses. Et c'est là que se joue, que commence un des principes premiers de cette discipline.

C'est être dans l'acceptation d'un monde en mouvement, imposé, immuable, indéfectible. Un univers dans lequel on est pris à partie constamment, un monde qui nous incorpore totalement.

Alors accepter de s'y inscrire, oui! Mais pas n'importe comment.
Sans soumission, sans contrainte, en étant délié. C'est là encore que se poursuit l'étude de l'aïkido, qui suppose un préalable, avoir conscience de la globalité du contexte, de s'y fondre, de lâcher prise, comme on dit, corps et âme.
Cette simple idée semble immense. Car la pleine conscience d'un contexte particulier permet de mieux l'appréhender, de s'y adapter comme une sorte de rapport kynesthésique de soi à l'environnement. Véritable travail psychanalytique inconscient permis grâce à cette pratique.

Comment convaincre quelqu'un de devenir calme dans le temps d'une action (le temps martial) sinon en sachant que pendant l'espace-temps de l'action il doit y jouer un rôle déterminant. Un rôle d'homme et de femme debout, déterminé, en plénitude avec le monde. Voilà bien là la quintessence de cet art :
résoudre avec sérénité la relation avec autrui, avant, pendant et après. Et ainsi éxister (au sens fort) tout simplement dans le temps du faire.

On peut donc avancer que dans cette expérience un des attraits fondamental de l'aïkido est aussi d'apprendre à descendre au fond de soi, face à une terre inconnue, d'être mis en demeure de se transformer, d'aller à l'essentiel.

C'est ce que l'on appel misogi en japonais.

Seule une profonde transformation personnelle est nécessaire pour appréhender l'aïkido. Celui-ci nous le rend bien car il nous offre les moyens d'y parvenir au travers d'un principe immuable « faire la guerre pour préparer la paix ».

Il semble primordial, fondamental d'assimiler cette idée d'un rapport radical autre au monde. L'aïkido est l'acte du changement perpétuel. Voilà bien quelque chose qui touche à l'art en général.

L'aïkido est un mode d'expression personnel. Ne dit-on pas que l'on voit la personnalité du pratiquant immédiatemment à travers la gestion comportementale de son travail.
On aura compris que la compréhension des principes philosophiques qui régissent cette discipline et qui en élabore les techniques demande une réelle capacité au changement personnel qui croît dans la progression du travail. Cette même progression par modifications successives entraîne une évolution de conscience de ce qu'est l'aïkido. Herméneutique de la pratique-théorie qui oblige le pratiquant à devenir critique sur lui-même, à être capable de se passer du maître.

Cette conséquence a pour effet d'instaurer une grande clairvoyance de ce que l'on doit travailler pour acquérir enfin une force mentale. Véritable recentrage de la personnalité autour d'un travail du sens et du jugement personnel. Accéder enfin à un pouvoir de décision sans en référer à une hiérarchie, une autorité quelconque, devenir indépendant en tous points et tendre vers une réalisation de soi.

Voilà bien l'ultime sens profond du mot Do (la voie).

L'aïkido est universaliste.

Il est une forme d'art en tant qu'activité qui élabore des aptitudes, des habiletés à faire à l'aide de procédés bâtis sur des règles. L'art a pour vertu d'ouvrir l'être, de le libérer du monde en créant de nouveaux espaces mentaux et matériels, et ainsi l'aider à vivre avec plus d'expansion, de souffle.

Tout le propos de ce texte tourne autour de la question du deuil. Laisser tomber tout ce qui nous appartient, nous façonne, pour accéder à des parts de nous-même enfouis et révélés sous forme d'une renaissance.

L'aïkido est donc bien un art de vie, un art de la transformation, de la révélation de soi, un art du souffle.

Sachons donc respirer.

http/212.198.228.249/ressources/5g_philosophie_propos_mick.aspx.txt · Dernière modification: 2012/03/27 03:54 par carlier